"Gautier d'Épinal. REMEMBRANCE"

cd paru chez: CHALLENGE CLASSICS" le 4 janvier 2008
La plaquette du disque contient
les textes des chansons
en ancien français et leur traduction en anglais.
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la traduction en français moderne
de toutes les chansons du disque

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Quand je voie l'herbe menue Poindre au tout debut de l'été Lorsque toute créature change et mue Pour une plus grande beauté, si alors ma dame désire que je chante - ma joie s'accroît parce que c'est elle qui l'ordonne. J'ai eu une peine bien douce, car j'ai placé toute ma vie en elle et en Dieu, qui lui avait donné tant de vertu et tant de bonté que mon âme sera perdue de l'avoir si peu aimée. Bon Dieu, celui qui la verrait et bien observerait, et embrasserait et enlacerait à volonté, pensera aussitôt que jamais un homme né n'a vu une telle beauté. Je deviens fou du désir. Vers le haut de la page

Découragé, j'ai abandonné la joie, Un désir obstiné me contraint à chanter; je ne chante ni de joie, ni pour une faveur, car l'Amour est trop coutumier à blesser ceux qui s'offrent à lui d'un coeur loyal. Je ne le dis pas pour m'en plaindre, car jamais rien n'ait rendu le monde plus beau que le labeur d'une longue prière, Mais j'ai échoué à mon premier plaisir. Et pourtant, je ne vois aucune raison valable pour cette défaillance ; car j'ai servi l'Amour et ma Dame avec une volonté parfaite, loyale et entière. Mais sans la chance, jamais ne sera récompensé au parfait amant son service ; et si je pouvais trouver en elle quelque pitié ou miséricorde, Mon plaisir ne serait pas entièrement perdu. Dans mon chant, joyeux et triste, je me plains surtout des gens sournois qui nous ont souvent trahis, moi et d'autres, en racontant des mensonges flatteurs si bien que je me grisais d'espoir d'avoir servi l'Amour suivant sa volonté. Ce n'était que des hypocrites cruels, car leurs mensonges et faux airs livrent les amants à des pensées mal fondées. Comment peut durer l'amour si les sournois crient toujours ! S'il arrivait qu'il plaise à celle, qui est miroir et lumière de beauté, que les felons soient oubliés, cela me guérirait de tous les maux. O noble créature ! je m'humilie devant vous, mais n'en devenez pas plus cruelle ni plus fière ! supportez - moi tant que la grâce le requière. Vers le haut de la page

Puisqu'il m'est donné chanter de la douleur et en chantant exprimer mon chagrin, l'on ne doit pas demander à mon chant la gaité légère. Je chante selon ma chance, comme celui qui ne peut trouver de pitié et qui n'a pas confiance en soi. Ainsi - comme Echo ( qui sert à rappeler ce qu'un autre dit, et que Narcisse, dans sa suffisance, n'avait pas daigné de regarder) d'ardeur s'est desséchée, sauf la voix qui dure encore, - Je perdrai tout sauf pouvoir clamer la pitié, Et me dessècherai de tourment et de chagrin. Mais l'Amour, prenant vengeance d'Echo a fait Narcisse s'admirer, voulant ainsi lui faire aimer quelqu'un d'autre qui n'a cure de lui ; Il l'a remis en place, a révélé son grand orgueil et l'a mené plus tôt à la repentance. Vers le haut de la page

Bien volontiers je chanterais Si je savais comment, Et menerais une vie décente, Si valait autant ce siècle, Qui me tourmente fortement. Mais je chanterai de toute faĉon joyeusement ce que le bon Amour m'apprend. Si j'étais Dieu, je ferais La vie tout autrement et de meilleurs gens y mettrais, Car les présents ne valent rien : Plus ils ont d'or et d'argent, De pelisses et de robes en soie, moins ils misent large, - pire que ceux qui prennent des intérêts. Je prierai mon bon seigneur de Vignory, le vaillant, Qu'au nom de Dieu il ne se désiste pas, il est né sous bonne étoile ; il a souvent fixé le prix à l'avance et ne l'a ni falsifié ni renié ; Pas une fois il n'a fléchi, pas plus qu'un aimant. Vers le haut de la page

Contenu :

Amant parfait et véritable ! Si le monde était sous votre empire, Je n'aurais ni peur ni doute Qu'un jour quelqu'un d'autre Vous aime de si bonne volonté ; Mais, par défaut de faveur, J'ai manqué de peu La consolation et le bon espoir. Que promptement me soit récompensé Ce que j'ai si longtemps servi ! Hélas ! Hypocrites j'ai servis, En déplorant la vilenie ! Mauvais, cesserez-vous jamais Causer peine et affliction Aux amants vertueux ? Vraiment non, c'est ainsi : De l'oiseau vilain, le cri vilain ; Et de felons, la malveillance, Jamais d'un plat pourri De bonne odeur ne soit sortie. Douce dame, je ne peux supporter les attaques de l'amour, au point que ce n'est plus en danger de mort que je suis, mais surement mort. Et pour cela je tais le reste ; car partout je suis en mauvaise posture Et votre grande insouciance Plonge mon coeur en telle détresse, Que si vous n'en avez pitié, Il sera en deux brisé. Seigneur, parfait amant courtois ! Garde - nous des tours anglais, car ils ont de folles espérances. Qu'ils ne vous fassent de nuisance, ni à moi, ni à tous les Français. Malgré de telles blessures je n'ai jamais mal servi. et si je montre une faiblesse bien seront fous les naîfs qui jamais demandent la grâce. Vers le haut de la page

L'outrecuidance et mes folles pensées Me font chanter et je ne sais pour quelle autre raison Sinon parce que je l'ai regardée Mais, m'appartient-t-elle parce que je l'ai vue ? Aurais-je donc la Cocagne trouvée Si tout devient mien dès que je l'ai vu ? Il n'y a rien de cela, mais je suis effrayé Par un doux espoir dont il m'est agréable de chanter.
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Par son doux commandement j'ai recommencé à chanter ; avant j'étais fort affligé et rempli de colère et de tourment, mais il faut que nuit et jour moi et mon coeur sans retour à ma dame et à l'Amour soyons tout le temps obéissants Jamais je n'ai aimé autrement, car n'est jamais parfait amant celui qui, s'offrant à l'amour, s'en sépare lâchement. Dieu me garde d'une telle bêtise! car ne doit point sentir la douceur de l'amour celui qui ne peut supporter Sa douleur de bon gré. Pour ma très douce façon d'aimer conquièrs-moi la grâce, o chanson ! Et si je ne n'ai jamais failli c'est parce que je l'aime loyalement. De ses fraîches couleurs mon coeur est le miroir mais mon regard qui l'enveloppe Ne sait pas ce que je ressens. Vers le haut de la page

L'amour et la bonne volonté me donnent le désir de chanter, et les prés qui reverdissent ne m'en détourneront point. Je suis moi-même émerveillé par mon chant, car j'ai servi si longtemps En vain et sans en avoir envie. Oh amour, auriez-vous la récompense que j'attends d'elle ? Point. Si vous n'y consentez, ma dame n'en fera rien. Certainement, avec beaucoup de patience, si tant soit peu j'étais rassuré, Je continuerais à endurer ces maux. Amour, si elle éprouvait les maux comme je les ressens, encore plus me seraient récompens&eecute;s Ces maux, à mon avis. Pour Dieu, faites qu'elle les connaisse ! - Ainsi je serai gratifié avec puissance. Non comparable à aucun etre vivant, A vous je me suis donné en serviteur - Faites suivant votre désir.
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Trad. : Emilia Danilevski